Écrire, ce n’est pas si facile que ça peut sembler. Écrire, c’est s’exposer. C’est se dénuder devant tous ceux qui te liront. C’est devenir vulnérable pour un avis, une prise de position ou tout simplement un sentiment. Ce n’est pas comme défendre un point de vue de vive voix, certes, et pourtant, c’est autant stressant. Stressant mais engageant, surtout. On dirait qu’on peut difficilement détacher notre vie privée de ce que l’on écrit. Ainsi, il est facile d’être contesté, et même parfois haï. Sans compter que ces réflexions et les réactions que nos écrits suscitent ne nous laissent certainement pas de glace. Tout ça me pousse à constamment me remettre en question. On dirait qu’écrire pour des inconnus, c’est si différent d’écrire pour soi. C’est un peu comme d’acheter un billet de loterie à chaque fois. On ne sait jamais quand les lecteurs vont approuver ou désapprouver. J’essaie d’être crédible et authentique parce que je n’ai aucune envie d’écrire autrement. J’écris en puisant dans ce que je suis et ce que je pense. Difficile, donc, de publier au journal du cégep. Beaucoup plus que je ne l’aurais pensé. J’ai beaucoup réfléchis, cette semaine, suite à l’écriture de ces deux textes d’opinion. J’ai fait face aux opinions divergentes de la rédactrice en chef du journal. Comme quoi, dire haut et fort ce que plusieurs pensent tout bas, ce n’est pas si facile. Comme quoi j’ai encore plus envi de le faire. Comme quoi en dérangeant, peut-être qu’on ferra une différence. Je vais peut-être blesser des gens dans le processus. Je m’en excuse car en aucun cas je n’aurai visé la personne derrière les idées. Pas que je ne vous aime pas, justement, parce que j’ai l’impression de le faire pour nous tous. Parce que je vous aime, justement. À vous de voir ce que vous en pensez. Le second article a été rédigé suite aux commentaires reçus.
Ben franchement, la Quinzaine interculturelle!
Ben franchement, une semaine interculturelle, ça sert à quoi! C’est ce qu’ont dû se dire plusieurs élèves il y a quelques semaines en voyant les fameux chevalets publicitaires de l’école se remplir d’affiches annonçant cet événement à saveur imprévisible. C’est vrai que ce genre de manifestation est très facile à gâcher. Des exemples? Ils pullulent dans toute la grande région de Montréal. Des semaines, des festivals dont personne n’entend parler. Des événements boboches qui n’ont pas d’autres raisons d’être que de remplir les coffres municipaux. Des événements mal rodés, mal organisés et qui finiront rapidement morts et enterrés. Pourquoi? Pas parce que les artistes qu’on nous propose sont mauvais, mais plutôt parce qu’il n’y a personne pour les écouter, les voir, les apprécier ou même les haïr. Il n’y a pas de shows sans public.
C’est de cela que j’avais peur en voyant ces affiches. On a beau travailler comme des malades, inviter des joueurs de tam-tam, des danseuses hawaïennes et offrir des repas exotiques à la cafette, si les gens ne viennent pas, on est bien mal foutu. Ça doit être la peur de bon nombre d’organisateurs. Comment prévoir ce public parfois si ingrat et d’autres fois si génial? On ne le peut pas, voilà tout. Il faut seulement prévoir les meilleures activités et espérer.
Et franchement, c’est ce qui est arrivé, pour une fois, au Cégep de Saint-Meumeu. Pardonnez l’expression, seulement, avouez qu’on s’emmerde souvent dans ce Cégep au beau milieu de nulle part, peuplé de dudes à casquette qui n’ont, pour seule préoccupation, que leur voiture et les défaites constantes du Canadien. Voilà donc le pourquoi du comment d’une semaine interculturelle : pour ouvrir les esprits et sortir de notre petit monde.
Je sais que vous devez être déçu, que vous vous attendiez probablement à un compte rendu bidon ou à un bilan cucul de cette semaine. Je sais que vous ne lisez probablement pas ces lignes parce que vous trouvez que le journalisme, c’est geek. Un journalisme conventionnel ne m’intéresse pas non plus, mais ce n’est pas parce qu’il n’a pas de minijupe ou de moteur. C’est parce qu’il est assommant, autant que votre cours de français, lundi à 8 h du matin. Pourquoi j’écris dans le journal étudiant, alors? Simplement pour vous montrer que, justement, le journalisme, ce n’est pas que la chronique des chats écrasés du Journal de Montréal ou un article sur le mauvais état des rues de Saint-Hyacinthe.
Mais revenons-en à cette semaine. Vous en avez pensé quoi? Pour ma part, honnêtement, que du bien. J’ai aimé vous entendre donner votre opinion sur l’identité québécoise lors de la douche mobile que vous avez peut-être eu la chance de croiser. J’ai savouré le débat philosophique même s’il vous a peut-être emmerdé. J’ai eu la chance de vous voir vous intéresser aux exposants du couloir 2 qui venaient partager avec nous une parcelle de leurs coutumes, de leur histoire. Vos petits airs gênés qui se réchauffaient peu à peu au son des tams-tams à La Cafière m’ont étonné. Mais surtout, j’ai vu dans cette semaine une grande réussite, parce que, pour une fois, j’avais l’impression d’être au cégep. On m’a dit que c’est nous qui décidons de nous emmerder ou pas. On m’a dit que, si un endroit est mort, c’est à nous de le raviver. Pas à l’autre, pas aux prochains ni aux anciens. Alors, voilà, si vous voulez un cégep à votre image, c’est à vous de faire bouger les choses. Demandez à Léo, il n’attend que vos projets et vos idées de fou pour raviver la flamme de ce cégep qui ne vit que si rarement. Moi, en tout cas, je ne vous attendrai pas pour grouiller mon cul et arrêter d’avoir l’impression d’étudier dans un cimetière.
Par Thomas Dupont-Buist
ET
Réplique à la censure
Liberté d’expression mon cul! Je viens tout juste de discuter de mon prochain article pour le journal étudiant avec l’un des deux rédacteurs en chef. J’y traite assez crûment d’un phénomène au Cégep de Saint-Hyacinthe que j’ai librement appelé : dudes à casquettes, oui, c’est vrai. On m’a reproché mes idées dures à l’endroit d’un certain groupe majoritaire au cégep. Ces dudes à casquettes ce n’est pas un groupe défini ni une coalition enregistrée. Juste un phénomène de masse qui a pour règle d’éthique le je m’en calice et l’ignorance. On m’a répliqué que les membres de ce groupe n’étaient pas tous ainsi et que l’idée était un peu forte puisque certains de ces dudes à casquette étaient des bons jacks. Je n’en doute pas. Désolé alors pour ces jacks, je m’attaque à une majorité, pas à l’exception. Seulement, ce que je veux vous faire comprendre c’est que je n’attaque pas ce chapeau à palette, mais bien l’idéologie qu’il y a en dessous. L’espèce de désintérêt pour tout, l’espèce de manque de maturité qu’ils portent sous le couvre-chef. Qu’on me comprenne bien, j’en ai contre cette philosophie qui n’en est pas une, pas contre un chapeau.
On pourrait me reprocher d’avoir des opinions arrêtées, d’entretenir des préjugés non fondés. On pourrait me reprocher de défendre les opprimés d’un côté (avec Amnistie Internationale) et de rabaisser le jeune cégépien moyen de l’autre. Et pourtant, je crois qu’il n’en est rien. J’ai la conviction de défendre ceux qui en ont besoin convenablement, mais celle aussi d’avoir le droit de faire un pied de nez à ceux qui le méritent. Dans un pays comme le nôtre, au Québec (oui, oui, j’ai bien dit un pays et ce n’est pas une faute d’inattention), où les droits de l’homme, la liberté d’expression et l’accès à l’information sont mis de l’avant, je crois ce reproche profondément justifié. C’est le droit du cégépien moyen de ne s’impliquer dans rien et de triper à faire des burns un peu partout en croyant que c’est ça, être majeur. D’un autre côté, c’est mon droit de les réprimander gentiment et poliment dans notre journal. Pourquoi? Pour leur faire comprendre, justement, qu’avoir dix-huit ans, ça n’a rien à avoir avec le fait de pouvoir sortir de l’alcool au dep ou de conduire un char.
Je n’en dirai pas plus, je crois que je me suis assez expliqué pour que vous compreniez mon point de vue. Je voudrais simplement, si vous me permettez, terminer par un extrait marquant d’un poète engagé dont on semble ne se souvenir que trop peu par les temps qui courent. Gaston Miron disait ceci dans son poème nommé L’Octobre tiré du recueil célèbre « L’homme rapaillé » :
« Nous te ferons, Terre de Québec
lit des résurrections
et des mille fulgurances de nos métamorphoses
de nos levains où lève le futur
de nos volontés sans concessions
les hommes entendront battre ton pouls dans l’histoire
c’est nous ondulant dans l’automne d’octobre
c’est le bruit roux de chevreuils dans la lumière
l’avenir dégagé, l’avenir engagé »
Je me sens rapaillé dans ce cégep, entouré de gens pour qui la Terre du Québec n’est qu’une soulerie annuelle au nom de ce cher Saint-Jean. Je me sens rapaillé dans ce Québec où le progrès semble beaucoup trop loin derrière et invisible à l’avant. « L’avenir engagé » me semble inexistant désormais. Qu’est-ce qu’en aurait dit Miron? Je n’en sais rien sauf peut-être qu’il aurait probablement été bien déçu des enfants du Québec. Alors non, je ne retire rien de ce que j’ai dit dans mon article précédent : « Ben franchement, la Quinzaine interculturelle! », parce que, moi, je ne renonce pas à un avenir engagé et que je refuse encore de tous vous désigner comme des dudes à casquette.
Par Thomas Dupont-Buist