On en parle partout depuis quelque temps et on en parlera encore pour longtemps, vous êtes mieux de vous faire à l’idée. Les médias d’abord, puis les familles, les amis, les collègues et même certains politiciens. En fait, probablement que vous aussi vous en parlez. Moi aussi j’ai envie de vous en parler. Avatar. Lieu de polémiques budgétaires entrant d’une certaine façon en conflit moral. On parle d’une grosse somme ici qui aurait pu servir à autre chose qu’à un film. Ceci étant, trop tard, c’est fait et si ça n’avait pas été celui-là ça aurait été un autre. De toute façon, je vous expliquerai plus tard pourquoi j’ai la conviction qu’un tel budget est justifié.
Avatar, donc. Un nom curieux pour un film qui délie les langues de tous. Un nom que les geeks de Dongeons & Dragons, comme moi, comprendront très certainement. Il faut dire qu’on en connaît des bibittes curieuses à force d’avoir été plongés dans ce monde bien loin de la réalité. Ça nous aura au moins apporté ça, les gars, à défaut d’avoir pu approcher les filles avant l’âge adulte. Voilà, nous on sait c’est quoi un avatar et on vous le dira pas, vous en avez déjà assez eu. Bon d’accord, je vais vous le dire. C’est une forme différente, un alter ego, que le possesseur prend. Un avatar d’un dieu mystique, par exemple, serait sa réincarnation en ce monde, sur Terre. Ou dans le cas présent, un corps extra-terrestre dirigé à distance par la pensée. Vous m’avez perdu? Ne vous sentez pas mal, c’est normal.
Avatar, ce film extraordinaire que j’ai vu récemment. Et il l’est dans tous les sens du terme. Il sort de l’ordinaire, car bien sûr il appartient à la science-fiction. Mais extraordinaire aussi parce qu’il est une réussite sans précédent. Je l’avoue, je ne m’attendais pas à grand-chose de ce film à grand tirage et j’étais plus attiré par le 3D que par quoi que ce soit d’autre. Vous voyez, même moi, je suis plein de préjugés, en s’en sort pas. Et pourtant, j’ai été agréablement surpris. D’abord, les lunettes donnent un beau petit style et ne sont même pas en carton. Kanye West peut aller se rhabiller, 3 piastres c’est pas cher pour avoir autant de gueule dans un rave. Ensuite, le public immensément large qu’il peut rassembler. Un film qui attire les jeunes comme les vieux, les adeptes du dernier blockbuster comme les cinéphiles les plus endurcis. Attention, je ne prétends pas que tous l’aimeront. Malgré tout, ils devront tous reconnaître que cette œuvre marquera l’histoire du cinéma.
Je m’explique. C’est le monde. C’est cet univers qu’a créé cette équipe artistique (Weta workshop, la même que sur Le seigneur des anneaux ). Avatar fait rêver juste par son environnement. Pandora, la planète où l’histoire a lieu, est tout simplement superbe. Des animaux, des plantes, de la vie et surtout un ensemble auquel on croit. Des plans en mouvements et très dynamiques qui nous donnent réellement l’impression d’y être. La caméra nous inclut dans la scène, on y plonge. Je n’aurais jamais cru que la technologie 3D était aussi avancée. On est loin des films d’animation et des lunettes napolitaines. Car c’était ça justement, le défi, d’intégrer des acteurs, du vrai monde dans ce numérique et qu’on arrive à y croire. Il fallait que tout soit crédible. Et bien, mission accomplie, je lève mon chapeau bien haut. Les Na’vis sont réellement attachants et on arrive même à croire à leurs sentiments tellement le travail d’animation faciale (par captage sur acteur en chair et en os) a bien été fait. Avatar m’a fait rêver comme aucun film ne l’avait fait depuis le Seigneur des anneaux. Et rêver, pour l’homme, c’est si important. Oublier un instant cette vie de fou, nos problèmes, nos chagrins et se laisser porter par une histoire qui n’est pas la nôtre, mais qui est tellement belle. Les enfants rêvent. Ceux qui vivent des choses difficiles encore plus. Comme ceux de Narnia, par exemple, vivant à une période que les enfants n’auraient jamais dû connaître. Les personnages de Lewis s’évadent dans un monde magique qui n’existe probablement pas, mais qui leur fait tant de bien. Peu importe s’ils restent dans un simple placard, se racontant ces histoires où qu’ils les vivent, à la fin, ils auront oublié la guerre. Le monde de l’imaginaire est notre sanctuaire quand le vrai ne va pas bien. En cette période de crise (économique, de la santé, de la guerre), ce monde est d’autant plus important. Voilà pourquoi je disais que ce budget n’aurait pas servi à rien, il aura fait rêver tous ces petits enfants en difficulté. Ne se leurrons pas, les budgets d’Hollywood n’iront jamais nourrir les enfants pauvres. Sachant cela, autant puissent-t-ils les faire rêver.
Mais Avatar ne s’arrête pas là, il n’est pas qu’un film fantastique. Outre un scénario plutôt prévisible, mais tout de même très respectable pour un opus d’Hollywood, ce qui m’a le plus impressionné d’Avatar, c’est la conscience qu’il apporte. La conscience de l’homme comme envahisseur, comme destructeur. Ce n’est pas nouveau, ce n’est pas révolutionnaire. C’est pourtant un grand risque d’en parler dans un film aussi grand public. Et c’est en ça aussi qu’il est audacieux. De dénoncer les grands empires, des Romains aux Américains, qui ont toujours foutu leurs sales pattes dans ce qui ne les regardait pas. Ceux-là mêmes qui ont toujours convoité le monde entier au mépris des autres peuples et de la nature. Ça fait un petit quelque chose, de nous voir représentés comme ça, de voir ce que nous sommes. De voir notre peuple projeté dans le futur ravager une civilisation entière par l’appât du gain. De les voir saccager les merveilles d’un monde auquel la Terre a peut-être déjà ressemblé avant qu’on n’en détruise une bonne partie. Mais de voir surtout que l’histoire se répète sans que nous ayons compris et réalisé. Le plus troublant dans tout ça, c’est qu’on n’a aucun mal à croire cet avenir hypothétique. Certaines scènes sont vraiment fortes en émotions et bouleversent. Une phrase entre autres m’a réellement marquée. La seule civilisation rencontrée hors de la terre par les hommes parle des humains ainsi : « Comment veux-tu espérer quelque chose d’un peuple qui a tué sa propre mère ». Rien à ajouter, je suis complètement de leur avis, aujourd’hui, je préférerais être un Na’vi qu’un homme.
Avatar, c’est la naissance d’un nouveau courant cinématographique. C’est aussi le film le plus cher. Ça sera probablement le film le plus lucratif. Qu’est-ce que James Cameron pourrait espérer de mieux? Il a frappé un grand coup et il en est conscient, ça c’est sûr. Et bien moi je vous dis, merci monsieur, ça fait du bien votre œuvre en des temps aussi noirs, ça en réveillera peut-être quelques-uns.