« Bon mais….
Très bon film avec une bonne moral et l’acteur principal nous fait durer le suspense par contre, il a une fin horrible (ça finit trop sec) mais je le conseille à tout le monde qui aime les films de torture. »
Cette merveilleuse citation à la syntaxe désastreuse nous vient de Kevcoolopk, homme de 23 ans vivant à Québec. Oh et j’ai caché les plus grosses fautes d’orthographe que vous ne sauriez apprécier. Ce genre de commentaires pullule sur les divers sites web reliés au cinéma. Celui-ci nous vient de Cinoche.com. Bien sûr, j’aurais pu répondre à Kevcoolpk directement ou tout simplement cliquer sur le bouton Signaler un abus. Seulement Kevcoolpk n’est pas chanceux, car son commentaire n’a pas été entendu par un sourd, mais bien par un méchant-journaliste-qui-n’a-rien-d’autre-à faire-que-de-chialer-et-qui-cherchait-justement-comment-commencer-sa-chronique-sur-le-film Les sept jours du Talion.
Maintenant que la glace est cassée, embarquons rapidement dans le vif du sujet avant que vous ne tourniez la page de votre journal sans savoir ce que pense ce connard de journaliste de ce film marteau-piqueur. Reprenons les jolis mots de notre ami Kevcoolopk quand il conseille la réalisation de Podz à « […] tout le monde qui aime les films de torture. » Là-dessus mon gars, je suis parfaitement d’accord avec toi et tu le seras sans doute aussi avec Melodyy qui trouve qu’il manquait des bouts clés du livre, par exemple quand « […] le gars crève les yeux au meurtrier-pédo. » J’ai adoré voir toutes les parties de l’anatomie du meurtrier être mutilées! Pour ceux qui ont de la misère à détecter l’ironie, je vous rassure, c’en était. Non, mais sérieusement, vous manquez un peu de crédibilité mes choux quand vous avez 23 ans et que vous avez de la misère à écrire le mot morale correctement. Bon j’avoue, c’était quand même un homonyme, je vous pardonne la faute. Peut-être que c’est ça, justement qu’il vous manque une morale pour comprendre que ce film est loin d’être un Saw 14.
Maintenant que nous sommes d’accord sur le fait que Les sept jours du Talion n’est pas un film de torture, mais bien un drame psychologique aux accents philosophiques, on peut jaser gentiment. Beaucoup avaient, comme moi, de grosses attentes par rapport à ce film, connaissant Podz (réalisateur de la série Minuit le soir), Claude Legault ou ayant lu les derniers romans de Patrick Sénécal ou vu l’une des adaptations cinématographiques (5150 rue des Ormes). Il y avait aussi l’intrigue du choix artistique de Podz de faire un film sans musique, un pari intéressant, mais risqué. Je dois le dire, j’étais très impatient et j’ai été le voir la première semaine de sa sortie.
La salle était pleine et bruyante. Ça et là quelques jeunes qui déconnent, d’autres qui leur disent de fermer leurs gueules à l’approche du début. D’habitude, les engueulés se font engueuleurs et on est pogné avec leurs enfantillages toute la représentation. Mais là, chose étrange, dès le début du film, comme touchés par la grâce du Seigneur, ils se la ferment respectueusement. Il faut dire que le silence est bruyant. Bruyant et lourd, il frappe comme une tonne de brique. L’émotion s’empare de la salle ne semblant laisser personne indifférent. J’ai rarement vu un film aussi poignant du début à la fin. Les plans sont longs, silencieux, magnifiques. Les images sont crues, d’où le malentendu du film d’horreur. Elles sont crues, mais vraies. Elles sont crues, mais laides, comme la vraie violence. Pas comme celle qu’on glorifie dans les films, la violence sale et répugnante comme elle devrait toujours l’être au cinéma lorsque l’on parle de sujets aussi difficiles que le viole et le meurtre d’une petite fille. Certains prétendront que Claude Legault y offre une piètre performance. Je dirais au contraire que son jeu y est si fin et subtil qu’on en oublie, justement, il joue. Legault joue enfin autre chose que le bon papa, ce à quoi il semble avoir été catégorisé au cours des dernières années. Heureusement, il nous offre ici une performance magnifique, peut-être sa meilleure en carrière, qui nous permettra sans doute de le voir dans d’autres rôles qui seront à la hauteur de son talent.
Bien sûr, la torture fait partie du film et lui donne sa gravité. Cela dit, les scènes de violences ne sont en aucuns cas l’essentiel du film et encore moins son propos. Les sept jours du Talion c’est plutôt tout le drame qu’impose la question de se faire justice soi-même. En effet, que feriez-vous si l’on tuait votre fille après l’avoir sauvagement violée? Est-ce que tout est permis dans la vengeance d’un tel cas? Quelles sont les limites de la justice? La réponse de Sénécal n’en est pas une. Elle est plutôt une autre question, encore plus grande. Qu’est-ce qui est moralement bien ou mal? L’innocent qui ira voir le film vous dira : « La fin était bâclée. » Au risque de vous dire un punch, voici ce que nous dit la fin : « Monsieur, est-ce que la vengeance était la solution? Non. Est-ce que vous le referiez? Oui. » L’innocent répond aux grandes questions dans sa prétention, le philosophe y réfléchit et vous pose une autre question. Le philosophe vous dira qu’il a trouvé Les sept jours du Talion très bon et que la fin l’a amené ailleurs. Quelle solution peut-il y avoir quand personne n’est bon ni méchant, mais seulement humain? Enfin, la vengeance ne serait pas la solution à l’innocence de certains visiteurs de Cinoche.com, mais je dois avouer qu’elle est tentante en maudit!
Par Thomas Dupont-Buist