Cela dit, j’ai récemment été voir le film The Trotsky du jeune réalisateur montréalais Jacob Tierney. Sur le plan de la forme, l’exercice est très bien réussi et pour un deuxième film, le réalisateur a de quoi impressionner. Les répliques sont acérées et porteuses d’un humour sarcastique très efficace. Mais au-delà de l’étiquette de comédie qui lui a été attachée, j’y ai vu beaucoup plus. En fait, j’y ai vu plusieurs liens entre ma propre histoire d’implication au cégep dans différents groupes (Amnistie Internationale, Équiterre et au journal étudiant) et celle qui se retrouve au centre de l’œuvre cinématographique. Le film raconte les péripéties d’un jeune élève du Montréal anglophone qui est persuadé d’être la réincarnation du révolutionnaire Léon Trotski. Il possède le même prénom et suite à la découverte de sa biographie, se met à trouver une multitude de liens fabulés entre sa vie et celle du politicien. Par exemple, il est perpétuellement en froid avec son père, est amoureux d’une femme nettement plus vieille que lui et trouve en chacune de ses nouvelles rencontres un personnage de l’entourage de Trotski. Le jeune de dix-sept ans et trois quarts (comme il le dit lui-même) est profondément intense dans tout ce qu’il fait et croît sa destinée tracée depuis longtemps. S’autoproclamant leader révolutionnaire, il tâche d’abord de syndicaliser les travailleurs de l’usine de son père pour ensuite tâcher de faire la même chose… avec les étudiants de son école secondaire! La partie est loin d’être gagnée.
Le personnage de Léon (interprété par Jay Baruchel) est franchement très bien construit et fait rire à plusieurs occasions par ses mimiques et sa gestuelle. Il est si pris par sa cause, si nerveux et convaincu de son rêve qu’il en fait presque pitié. Les autres étudiants le trouvent weirdo et ne comprennent pas pourquoi il se bat. Il organise des manifestations, des grèves et tout le tralala pour qu’enfin les étudiants ne se pointent que lorsqu’il y a opportunité de sécher les cours ou de s’éclater. Et c’est là que j’en arrive aux liens promis plus haut (tsé le gars qui sait où il s’en va).
Dans presque tous mes articles publiés au journal étudiant, je parlais de mon désillusionnement et de ma déception du monde collégial. J’ai passé tout mon cégep à me demander pourquoi personne ne se sentait concerné par l’environnement, la culture et la justice sociale. J’essayais de conscientiser mes amis, d’organiser toute sorte de happenings à saveur engagée, de fouetter le laxisme des cégépiens de Saint-Hyacinthe. Rien n’y a fait, malgré quelques petites victoires, les jeunes restaient endormis. Dans le film, on pose la question au sujet des jeunes : Sont-ils apathiques ou simplement victimes d’ennui profond? Peut-on les tirer des sables mouvants du quotidien et du je-m’en-foutisme? Il est peut-être un peu tôt pour répondre à cette question avec conviction pour moi, mais elle mérite une plus ample réflexion. J’ai dit tout à l’heure m’être impliqué tout au long du cégep, mais j’ai menti, ce n’est pas vrai. Au cours de ma deuxième année, j’ai pratiquement abandonné toute tentative d’action. Le découragement s’était emparé de moi et ma bulle d’idéaliste venait d’être brisée. Tout le travail de cette minorité qui s’implique pour si peu de résultats ou de reconnaissance. Être militant, c’est avant tout une occupation ingrate. J’en avais ras le bol de mettre tant d’efforts et de temps pour finalement constater que personne ne s’intéressait à ce que l’on faisait. C’est pourquoi, je respecte énormément ceux qui sont restés jusqu’à la toute fin, vous êtes très forts. Moi, j’ai commencé à faire ce que j’avais tant reproché aux autres. J’ai fait la fête abusivement, je me suis amusé sans réfléchir et j’ai tâché d’oublier tous les problèmes de notre monde. Mais je pense que nous avons tous ce genre de moment de démotivation à un moment ou à un autre. L’important, c’est de revenir.
Mais pour en revenir au film, je disais plus haut que j’y avais vu beaucoup plus qu’une comédie. Pourquoi? Tout simplement parce qu’il m’a redonné le goût de m’impliquer. Certaines œuvres nous nourrissent et nous redonnent espoir et ce fût le cas pour moi avec The Trotsky. J’ai envie de recommencer à croire en nous, même si parfois j’ai l’impression que nous ne croyons en rien. Il est certain que mon implication connaîtra des bas, mais ça fait partie du combat. Il faut que quelques-uns d’entre nous se battent pour nous tous. On a déjà dit que la jeunesse était l’avenir. On n’a pas dit par contre de quoi serait fait l’avenir, car ça, c’est à nous d’en décider.
Oh et en terminant, une dernière chose. Allez voir ce film si vous en avez l’occasion, c’est très bon. Mais un conseil, allez le voir en anglais, j’ai fait l’erreur d’aller voir la version doublée en français et j’ai eu beaucoup de mal à embarquer à cause de la qualité hautement douteuse du doublage. C’est notre Xavier Dolan national qui faisait la voix de Léon et pas qu’il était mauvais, mais il ne cadrait tout simplement pas avec l’apparence physique de Baruchel. Mauvais casting. Étrange que notre doublage, au Québec, fasse des merveilles sur des films hollywoodiens et qu’il soit si moche sur nos propres productions. Mais ça, c’est le sujet d’une autre chronique.
